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dimanche 22 janvier 2012
LA CRISE... QU'EST-CE QUE C'EST ?
SUSAN GEORGE
Ed. Albin Michel
« Choisissons la liberté ! »
Le ton est donné, Susan George introduit son ouvrage par cette prière fondamentale. Elle nous rappelle ainsi que nous sommes cernés de murs de toutes parts. La crise, les crises c'est finalement un sursaut des peuples qui étouffent. Et des solutions existent. Sans passer par la révolution. Beau pari... Peut-être un peu utopique ? Je me le demande quand je considère l'épaisseur et la hauteur des murs d'enceinte de notre prison.
Chaque mur a un nom, un visage, une réalité étouffante, angoissante : mur de la finance, mur de la pauvreté et de l'inégalité, mur de l'alimentation et de l'eau, mur du conflit.
Privation de liberté. Causes exogènes mais aussi endogènes. Ne pas faire l'autruche. Voilà un ouvrage qui nous y aide grâce à une réflexion très documentée et approfondie.
J'aime ce livre et j'en recommande vivement la lecture à tous ceux qui veulent tenter de comprendre quelque chose aux crises qui nous assaillent en ce début de vingt et unième siècle.
samedi 14 janvier 2012
L'élégance du hérisson - Muriel Barbery
Je suis seul ce soir. Non, ce n'est pas l'ennui qui me gagne. Une question. Des questions. Souvent j'aime ma compagnie , ma propre compagnie. Je n'ai pas besoin de sourire aux autres. Je n'ai pas besoin de façonner mon image pour qu'elle corresponde... pour qu'elle corresponde à quoi ?
A autre chose qu'à ce que je suis réellement. Plutôt à autre chose qu'à l'image que j'ai de moi-même. Car, bien sûr, ce que voient les autres de moi ça ne correspond pas du tout à ce que je suis. Est-ce si sûr ?
En tout cas ça ne correspond sûrement pas du tout à ce que je crois être. A l'image de moi que j'ai dans ma tête. Et je ne veux surtout pas qu'on me voie comme ça. Alors il faut que je la travaille cette image. Il faut que les autres l'apprécient. Même si je n'y crois pas...
Mais je me demande... Je me demande si, en fin de compte, cette bibliothèque d'images, ces étagères qui regorgent de mon « moi », recèlent une seule figure exacte.
Qu'est-ce qui est le plus vrai ? L'image que j'ai de moi-même ? Son reflet qui m'est renvoyé par mes parents ou celui que j'apercevais dans les yeux d'un prof ? Ou d'un aumônier ? Ou d'un copain ? Ou la caricature que se forgeait l'institutrice qui me jugeait sur ma désastreuse calligraphie ?
Moi, Guy, qui suis-je ?Toi, ami, qui es-tu ? Toi, Renée, qui es-tu ? Pourquoi nous cachons-nous ainsi derrière ces innombrables portraits déformés que nous nous complaisons à esquisser de nous-mêmes... pour nous cacher peut-être ? Peur de ce que nous sommes ? Peur d'être jugés ? Peur d'être mal jugés ?
Angoisse de rentrer dans la ronde et crainte de n'y pas pouvoir jouer le rôle qu'ON attend de nous. D'être ridicules. Exaspération de devoir faire bonne figure dans des assemblées où aucune de nos préoccupations, aucun de nos intérêts n'est pris en compte. Théâtre de la vie, faux semblants.
Aimer et être aimé. C'est peut-être là le nœud. Moche comme je suis, bête comme je suis, personne ne peut m'aimer. Pourtant j'ai un cœur. Comme lui, comme elle, comme eux. Ils n'ont pas de soucis, ils se rencontrent, se plaisent et tout va bien, tout glisse dans une béate relation qui ne se pose pas de questions.
Oui, mais. Car il y a un « mais ». Ils sont beaux, ils sont intelligents. Ils ont de la chance. Peut-être pas tant que ça. Ils se contentent de choses qui ne m'apportent, qui ne t'apportent, qui ne lui apportent aucune satisfaction. Orgueil ?
Renée, elle a trouvé la solution. Elle donne le change. Facile, elle a le don de l'observation. Concierge elle est, c'est son statut social, concierge elle paraît. Elle est dans son rôle. Tranquille. Pas d'importuns dans son jardin secret, dans sa bibliothèque avec son électrophone. La télévision ? Bien sûr elle l'allume dans sa loge. Pour donner le change. Et elle se réfugie dans son antre, à l'abri des regards, protégée des curieux. D'ailleurs il n'y en a guère. Qui peut s'intéresser à une insignifiante concierge ?
Toute sa vie elle la passera ainsi. Elle le croit. Pourtant, à de multiples occasions elle se trahit. Son cœur déborde de tendresse, d'ouverture aux autres malgré les apparences. Ce cœur sensible en dépit de tout, cette tête aussi pleine qu'elle est bien faite n'a oublié qu'une chose : on n'échappe pas aux rencontres prévues par le destin qui sait mettre sur notre route des esprits aimants et intelligents.
Paloma. Cette toute jeune fille à l'intelligence acérée tisse sa toile autour de toi, Renée, patiemment, obstinément. Vous êtes du même sang toutes les deux. Sa famille de riches bourgeois n'est pas de ton monde. Mais elle n'est pas du sien non plus. Le sens de la vie... Pour elle ce n'est même plus un problème. Elle est bien au-delà. Elle a déjà tout compris. Elle a compris ce que des générations et des générations de philopsophes ont tenté d'approcher. Du moins le croit-elle. Et elle en tire les conséquences, intelligemment, froidement. Non pas courageusement, on ne peut pas dire cela. Mais en cohérence avec sa pensée. Elle se suicidera le jour de ses treize ans. C'est à dire à la fin de l'année scolaire. Bientôt. Sa décision est prise.
Mais la vie c'est un chemin. Et même si on sait que « la destination finale, c'est le bocal à poissons », on peut encore découvrir, petit à petit, grâce à des rencontres, que ce qui compte le plus ce n'est pas le but mais justement le chemin lui-même. La compagnie d'un homme d'exception, de grande culture et de grande simplicité, quelques notes de musique, un rayon de soleil, la pensée de la sœur de cœur reposant à la morgue après son décès accidentel, tout cela fait un « ailleurs ici même, un toujours dans le jamais ».
Et la promesse tombe, Renée, à toi faite : « N'ayez crainte, Renée, je ne me suiciderai pas ».
Kakuro. Il emménage dans l'un des appartements de ton immeuble, Renée. J'imagine sa démarche souple, silencieuse. Sa silhouette gracile. Ses yeux au regard doux et discret. Son permanent désir de t'observer pour te débusquer. Pour que tu te montres à toi-même telle que tu es. Pour que tu t'acceptes telle que tu es. Pour que tu oses être ce que tu es. Pour que tu comprennes que tu es sur la même longueur d'onde que cet homme d'esprit. Pour que tu saches que la fillette Paloma, intelligente et sensible, est de ton monde et que tu es du sien. Pour que tu veuilles bien, enfin, comprendre que l'amour n'est pas réservé aux autres et qu'il peut s'exprimer dans une relation pleine de délicatesse.
Des pépites d'or. Ce livre en est truffé. Il faut lire et relire. Re-relire. Chaque mot recèle de multiples secrets. A chaque rencontre est délivrée une parcelle de vérité. A méditer. A savourer. S'en imprégner. Raison et émotion. « Un camélia peut changer le destin ».
Des pensées profondes émaillent le livre. Ce sont celles de Paloma. Elles sont numérotées. Chacune d'elles peut faire l'objet d'une réflexion, d'une méditation, d'une véritable dissertation. Non ce livre ne peut être emprunté à une bibliothèque. Non, il ne peut être posé sur l'étagère d'une bibliothèque quand on en a terminé la lecture. C'est le livre de chevet par excellence. C'est le bréviaire dont je conseille la lecture quotidienne...
Lecteur tu sentiras au bout de tes doigts le fil ténu et si fort qui reliait Renée à Paloma et à Kakuro. Fil ténu traversant les cieux et se couvrant des perles de la rosée de nos yeux et de nos cœurs.
jeudi 12 janvier 2012
La France et ses citoyens handicapés
Entendu ce matin sur France Inter. Le père d'un enfant autiste témoigne. Chaque semaine il emmène son fils âgé de huit ans en Belgique dans une institution spécialisée dans l'éducation et les soins aux jeunes autistes. Plus de trois cents kilomètres de route. A multiplier par deux pour le retour. Aucune aide pour les frais de voyage. Et je n'ai pas compris si la famille percevait des aides pour le séjour.
Faut-il penser que notre pays n'est plus capable de s'occuper de ses jeunes (ou moins jeunes) citoyens handicapés ?
Les structures d'aide aux élèves en difficulté dans les écoles sont de plus en plus démantelées. Que dire de l'enseignement spécialisé qui a pourtant été si utile à un grand nombre d'enfants et d'adolescents ?
Au nom de l'intégration, principe dont l'inspiration peut être certes très généreuse, on démolit des pans entiers de la construction patiemment édifiée pour venir en aide aux plus démunis, physiquement ou mentalement. Des personnes dont la générosité et l'engagement ne sont pas à mettre en doute mais qui n'ont aucune formation viennent en aide aux élèves handicapés dans les classes.
Qu'est-ce que tout cela signifie ?
En cette période qui précède des élections importantes en France trouver une réponse à cette question n'est pas un luxe. Faut-il considérer les personnes handicapées comme des citoyens de seconde zone ? Ne méritent-elles pas que la nation leur consacre quelques moyens ?
mercredi 28 décembre 2011
Un menu de Noël...original ! 24 décembre 2011
Bonne année 2012 !
Des nuages s'amoncellent... L'année 2011 s'achève sous un ciel obscurci. Nombre de contemporains, dans le monde entier, sont inquiets pour leur vie quand ils ont encore la force de se payer le luxe de l'inquiétude.
Crise. Remises en question. Pertes de repères. Déséquilibres. Ressources de la planète gaspillées, influence humaine désastreuse sur le climat, activités économiques déséquilibrées, mal-être psychologique, famines, quête d'eau potable...
Sans doute le ciel s'est-il assombri. Lumière grise, vents qui se lèvent, signes précurseurs de l'orage.
Expressions de vieilles gens ? Nos parents, nos grands-parents au soir de leur vie ne parvenaient plus à reconnaître le monde qui avait été le leur. Peut-être à notre tour regrettons-nous nos anciens repères.
Faisons donc confiance aux jeunes générations à qui revient la lourde tâche de sortir le monde du marasme dans lequel nous l'avons, sans y prendre garde suffisamment, conduit.
« Je ne t'ai fait ni céleste ni terrestre, mortel ou immortel, afin que toi-même, librement, à la façon d'un bon peintre ou d'un sculpteur habile, tu achèves ta propre forme.»
Ces mots sont tirés du « Discours sur la dignité de l'homme » de Pic de la Mirandole, fin du XV° siècle. L'homme est le créateur de lui-même. Entre ses mains réside son avenir. Cheminer n'exclut pas les fausses pistes, les voies dangereuses...
Mais en chacun de nous luit la lumière qui éclaire le chemin, dans notre volonté se niche le vrai progrès, dans nos têtes et dans nos cœurs se tapit le courage de ramer jusqu'à la rive ensoleillée.
Alors mes souhaits pour chacun d'entre nous à l'aube de 2012 ?
Que tous nous trouvions en nous les ressources qui nous mèneront sur les berges de l'espoir.